Le Port de Bruxelles devient l’épicentre de la construction circulaire avec le développement de « Stadsatelierdeville »

Experts de la construction, universitaires, décideurs publics et étudiants partagent leurs connaissances et développent ensemble des innovations au sein du nouveau « Stadsatelierdeville », à proximité de Tour & Taxis

Sur le site de Port Business Park, le long de l’avenue du Port à Bruxelles, l’épicentre de la construction circulaire en Belgique verra bientôt le jour. Stadsatelierdeville, ou Stadsat en abrégé, réunira au cours des prochaines années, en un même lieu, de nombreux acteurs du secteur de la construction : entrepreneurs, architectes, développeurs, fabricants, universitaires et étudiants. Ils y partageront leurs connaissances et développeront des innovations visant à rendre non seulement les bâtiments, mais l’ensemble du processus de construction, plus durable et plus respectueux du climat. Avec Stadsat, les partenaires posent ainsi les bases de l’avenir du secteur de la construction en Belgique.

Ce pôle circulaire d’environ 9 300 m² est développé à l’initiative de l’entrepreneur Democo et de BC architects & studies & materials. Le projet, d’un montant de 9,75 millions d’euros, bénéficie du soutien des autorités bruxelloises et de l’Union européenne à travers le fonds FEDER/EFRO. Il a été officiellement présenté au public cette semaine dans le cadre de la Brussels Climate Week.

Le défi

Aujourd’hui, la production des matériaux destinés au secteur de la construction représente jusqu’à 11 % des émissions mondiales liées à l’énergie et aux processus industriels. Plus d’un camion sur deux transportant des matières premières extraites est destiné au secteur européen de la construction. Il s’agit notamment du béton, de l’acier, du bois, du verre, des matériaux d’isolation et des matériaux de finition.

« La manière dont le secteur de la construction fonctionne aujourd'hui épuise notre planète, pollue l'environnement et génère d'immenses volumes de déchets. Ce modèle est insoutenable. Ce dont nous avons d'urgence besoin aujourd'hui, ce n'est plus d'une spécialisation isolée, mais d'une approche intégrale qui prouve la circularité à grande échelle. C'est précisément l'objectif de Stadsatelierdeville au cœur de la biorégion bruxelloise : un "proof of concept" actif réunissant la conception, les ressources locales, la production et le savoir-faire artisanal. »
​Nicolas Coeckelberghs, cofondateur de BC architects & studies & materials

Pourtant, la Région de Bruxelles-Capitale s’apprête à accueillir un projet qui démontre qu’une alternative radicale est possible.

Le bâtiment lui-même comme première « preuve de concept »

Le bâtiment lui-même comme première « preuve de concept ». Érigé, non sans ironie, sur un ancien site de stockage de charbon, le projet transforme un héritage de l’énergie fossile en un modèle concret pour construire autrement, avec une empreinte carbone réduite. Conçu par Babini Geysen / Dandelion et ​ BC architects, le projet de construction constitue un test grandeur nature qui repousse les limites du cadre réglementaire actuel de l’urbanisme.

Pour y parvenir, la conception et la construction du bâtiment reposent sur quatre principes constructifs fondamentaux :

  1. Approvisionnement bio-régional : privilégier les matériaux locaux afin de réduire les émissions liées au transport. Les terres excavées provenant de chantiers bruxellois sont utilisées sur place pour fabriquer des briques de terre crue, des enduits et des planchers porteurs hybrides en bois et en voûtes de terre. L’enveloppe du bâtiment fait appel à du bois local entièrement traçable, fourni par Sonian Wood Coop, ainsi qu’à une isolation en bottes de paille.
  2. “Urban mining” - la ville comme une carrière : récupérer directement des éléments structurels lourds issus de sites de déconstruction à Bruxelles. Les fondations réutilisent des dalles en béton récupérées du projet The Dome (Anspach), sans nécessiter de nouveau béton coulé. La structure principale intègre des profilés métalliques et des poutres en bois provenant du bâtiment Pacheco, ainsi que des ensembles de fenêtres à haute performance récupérés lors de la déconstruction de bâtiments de l’Union européenne.
  3. Conception pour le démontage : le bâtiment est conçu comme une structure entièrement réversible. Son assemblage repose sur des connexions mécaniques sèches, sans soudures permanentes ni béton coulé sur place. Les différentes couches du bâtiment, structure, enveloppe, techniques et cloisons intérieures, sont strictement séparées afin de permettre leur entretien, leur remplacement ou leur récupération en fin de concession, après 30 à 60 ans.
  4. Innovations low-tech : plutôt que de recourir à des systèmes actifs complexes, le bâtiment fonctionne entièrement sans système conventionnel de chauffage mécanique. Il s’appuie sur des principes climatiques passifs : apports solaires, inertie thermique des structures en terre et isolation en bottes de paille.
« Nous ne construisons pas simplement un bâtiment ; nous écrivons un nouveau récit. Stadsat est un prototype qui démontre que nous pouvons construire la ville avec ce qui existe déjà, en utilisant des matériaux biosourcés et de réemploi, tout en démontrant la viabilité technique ​
​et économique de ces méthodes malgré les obstacles réglementaires actuels. » ​
​
Laurens Bekemans, cofondateur de BC

Un pôle unique régi par une charte ambitieuse

Stadsatelierdeville est bien plus qu’un chantier de construction ambitieux : c’est un écosystème collaboratif en devenir. Les partenaires fondateurs, Democo, BC, Sonian Wood Coop, Natura Mater, Circular Timber, Herk & Red, ​ ont officiellement signé une Charte circulaire fondée sur des engagements et valeurs communs.

Convaincus que l’action et l’innovation se nourrissent de processus ouverts, fondés sur le partage et la diffusion des connaissances en open source, les partenaires défendent une approche holistique et intégrale de la transformation du secteur de la construction. En réunissant des professionnels aux expertises complémentaires , de l’entrepreneur à l’architecte, du développeur aux spécialistes des matériaux et aux artisans du bois, les signataires favorisent les synergies au sein de cet écosystème afin de faire émerger un changement systémique.

En signant cette charte, ils s’engagent à :

  • Donner la priorité à la production : les espaces de bureaux seront strictement limités à un maximum d’un tiers des 9 300 m² afin de préserver la fonction première du site : la fabrication, la transformation et la logistique en circuits courts.
  • Favoriser les synergies internes : les utilisateurs s’engagent à rechercher en priorité l’expertise au sein de l’écosystème de Stadsat avant de faire appel à des prestataires externes.
  • Partager les connaissances : chaque partenaire s’engage à organiser au moins deux activités ouvertes au public par an. Le site servira de lieu d’apprentissage concret pour les étudiants, les jeunes architectes et les artisans…
  • Atteindre les objectifs fixés : d’ici 2029, le pôle vise à traiter au minimum 10 000 tonnes/an de déchets préparés en vue de leur réemploi et 10 000 tonnes/an de déchets recyclés, tout en créant 35 à 50 équivalents temps plein sur le site. L’infrastructure et les opérations du site visent également la neutralité carbone d’ici juin 2027.
« Avec différents partenaires, nous voulons poser les bases de l’avenir du secteur de la construction en Belgique, ici à Bruxelles. Au cours des prochaines années, nous partagerons nos connaissances, travaillerons avec des experts et des universitaires, et continuerons à tester et à développer des solutions afin de rendre le processus de construction nettement plus respectueux du climat. »
​Jochen Willen, General Manager de Democo

L’ouverture de Stadsatelierdeville est prévue pour 2028. Alors que les premiers occupants sont déjà établis, le pôle recherche encore des partenaires, artisans, ingénieurs et producteurs de matériaux souhaitant rejoindre ce hub de l’économie circulaire au cœur de Bruxelles.

Améliorer les flux de déchets à Bruxelles

L’un des objectifs majeurs de Stadsatelierdeville est d’améliorer la gestion des flux de déchets dans la Région de Bruxelles-Capitale. Plus précisément, le projet se concentrera sur le réemploi de trois flux de déchets actuellement sous-estimés, sous-valorisés et largement inexploités.

1. Les ressources géologiques

Environ 2 millions de tonnes de terres sont excavées chaque année à Bruxelles. La majeure partie est transportée, parfois jusqu’aux Pays-Bas et en Allemagne, pour être ensuite déversée dans des carrières et des mines.

Pourtant, ces terres peuvent servir de matière première pour produire des matériaux de construction circulaires et neutres en CO₂ à base d’argile, tels que des enduits en terre, des briques en terre, des chapes en terre et du pisé.

2. Les ressources biologiques, comme le bois

Ces matériaux sont parfois perdus tandis que, dans d’autres cas, ils sont exportés vers d’autres pays, notamment en Asie, sans être pleinement valorisés localement. Ces matériaux stockent du CO₂ et peuvent avoir une durée de vie prolongée lorsqu’ils sont réemployés localement.

3. Les ressources urbaines

De nombreux bâtiments à Bruxelles font encore l’objet d’une démolition plutôt que d’une déconstruction sélective. Des éléments de construction existants et précieux sont ainsi broyés et dévalorisés, faute d’espaces suffisants pour stocker des matériaux tels que les poutres métalliques, les fenêtres et les isolants.

À propos de l’initiative

Le consortium TM STADSAT réunit Herk & Red (Democo Group) et BC (architects & studies & materials). Le projet est cofinancé par les fonds européens FEDER/EFRO, avec le soutien actif de plusieurs acteurs publics : le Port de Bruxelles, Bruxelles Environnement, le Bouwmeester Maître Architecte (BMA) et Urban Brussels.

« Ce projet s’inscrit dans notre ambition plus large, en tant que Bouwmeester Maître Architecte, de repenser la ville de manière radicalement différente : en construisant avec ce qui existe déjà et en adoptant pleinement le réemploi et les matériaux biosourcés. “Stadsat” démontre de manière pionnière que nous pouvons ainsi transformer Bruxelles en une ville résiliente, capable de faire face aux défis du changement climatique. »
​Lisa De Visscher, Bouwmeester Maître Architecte

Pour plus d’informations et demandes d’espace:

260924_Leaflet A3_Stadsat signing event.pdf

PDF 9.1 MB

Farah Fervel

Communication Manager, BC (architects & studies & materials)

Thomas Bijnens

Directeur Communication, Democo

 

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