Le deuil s’insinue aussi dans le corps : une kinésithérapeute réalise des tutoriels consacrés à des troubles physiques souvent sous-estimés
DELA et Katrien Hooghe, originaire du Brabant flamand, détabouisent les troubles physiques consécutifs à un deuil

Le deuil fait mal. Pas seulement émotionnellement, mais aussi physiquement. La perte d’un être cher peut entraîner insomnies, tensions musculaires ou respiration superficielle : le corps ne fonctionne plus comme avant. Pourtant, l’incidence physique du deuil reste souvent méconnue aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle DELA, spécialiste funéraire, a développé en collaboration avec Katrien Hooghe, kinésithérapeute et experte en accompagnement du deuil axé sur le corps, une série de tutoriels gratuits qui aident les gens à appréhender les effets du deuil sur leur corps et à soulager la douleur. Les exercices sont disponibles sur le Guide du deuil, la plateforme en ligne de DELA consacrée au deuil.
Suivre des cours de sport et de yoga en ligne pour se sentir mieux dans sa peau est désormais monnaie courante. Mais il n’existe pas encore d’exercices accessibles pour les personnes qui souffrent de troubles physiques liés au chagrin et à la perte. Avec une série d’exercices vidéo et audio, le spécialiste funéraire DELA et la kinésithérapeute Katrien Hooghe, du cabinet Back in Balance, entendent changer cela. Il ne s’agit pas d’exercices de relaxation généraux, mais d’exercices ciblés, spécialement conçus pour les personnes en deuil.
Katrien Hooghe, thérapeute du deuil et experte en accompagnement du deuil axé sur le corps : « En période de deuil, le corps se sent souvent vulnérable, douloureux et agité. Ce n’est pas seulement la tête et le cœur, mais le corps tout entier qui doit se réadapter à ce qui était autrefois un « nous » familier et qui est désormais un « moi sans toi ». Pourtant, le corps ne résiste pas. À son propre rythme, il cherche un nouvel équilibre. C’est précisément pour ça que le deuil ne demande pas seulement des mots et de la compréhension, mais aussi de l’attention et des soins pour le corps lui-même. Car c’est justement là que se trouve souvent une voie encore trop peu exploitée vers plus de soutien, de force et d’orientation dans le processus de deuil. »

Le deuil, c’est plus que de la tristesse
Les recherches montrent de plus en plus clairement qu’un chagrin intense a aussi un impact sur notre santé physique. Pourtant, il règne encore beaucoup d’ignorance dans notre société sur les éventuels effets du deuil et du chagrin sur notre corps.
Lien Verfaillie, experte du deuil du spécialiste funéraire DELA : « Heureusement, au cours de ces dernières années, on accorde davantage d’attention aux émotions liées au deuil. Cependant, l’aspect physique du processus de deuil reste souvent négligé, voire tabou. Pour beaucoup, le seuil pour demander de l’aide à ce sujet est encore élevé. Pourtant, le deuil peut parfois être vécu comme une maladie incurable. Nos tutoriels gratuits entendent aider les personnes en deuil et leur entourage à comprendre quels symptômes physiques peuvent apparaître afin qu’ils puissent y remédier. Alors que l’accompagnement classique du deuil se concentre surtout sur les émotions et les discussions, ces tutoriels aident aussi les gens à renouer avec leur corps. Ils comblent ainsi une lacune importante dans les soins actuels liés au deuil. »
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Exercices pour le corps, le cerveau et la respiration
En juin 2025, DELA a lancé le Guide du deuil, la toute première plateforme en ligne consacrée au deuil du pays. Le site aide les personnes en deuil, leur famille, leurs amis et leurs proches en leur proposant des informations, des témoignages, des podcasts et les coordonnées de groupes de soutien. Fort de ces nouveaux tutoriels, le spécialiste funéraire DELA étend encore davantage le Guide du deuil.
Les exercices vidéo et audio se concentrent sur trois domaines : le corps, la respiration et le cerveau. Ils aident les gens, étape par étape, à renouer avec leur corps en souffrance et à mieux comprendre et apaiser les troubles physiques liés au deuil. Les exercices sont gratuits et facilement accessibles, ce qui permet aux gens de trouver du soutien depuis leur propre environnement sécurisant.

Exercices axés sur le corps
- Ralentir et s’étirer : un exercice vidéo – allongé sur un tapis, ces exercices peuvent vous aider à ressentir à nouveau votre corps de l’intérieur et à créer de l’espace dans les zones tendues.
- Automassage en douceur : un exercice vidéo en position assise où vous travaillez par le toucher pour ressentir davantage le soutien de votre corps, la circulation de votre énergie et la douceur de l’ensemble de votre être.
- Mouvement et fluidité : un exercice vidéo – un exercice debout qui aide à réveiller un peu le corps et à relâcher les tensions accumulées.
Exercices axés sur le cerveau
- Observation consciente : un exercice audio pour observer le flux des pensées et des émotions sans porter de jugement, ce qui aide à apaiser un esprit encombré.
- Contact corporel et ancrage : un exercice audio pour vous ancrer consciemment dans votre corps et ainsi ressentir un sentiment de soutien et de sécurité, qui favorise la récupération.
Exercices axés sur la respiration
- Observation et allongement de la respiration : un exercice audio dans lequel vous apprenez à observer votre respiration, puis à allonger doucement l’expiration pour apaiser le système nerveux.
- Respiration et mouvement : un exercice vidéo associant des mouvements doux à la respiration pour relâcher les tensions et créer une circulation dans l’ensemble de votre corps.
Vous trouverez les tutoriels et plus d’informations sur : https://www.dela.be/fr/guide-du-deuil/le-corps-en-deuil-en-equilibre

TÉMOIGNAGE
« Pendant des années, j’ai essayé de tout comprendre, alors qu’en réalité, je devais apprendre à ressentir »
Après le décès de son fils Maxim, Hans Hooyberg, de Lichtervelde, n’a pas seulement ressenti de la tristesse : il a aussi senti que tout son corps se bloquait. « On est complètement noué », raconte-t-il. « Pas seulement émotionnellement. Tout le corps est sous tension, sans même qu’on s’en rende compte. On essaie de continuer à avancer, mais au fond, on est totalement déséquilibré. À cette époque, je vivais de manière moins saine : beaucoup de sucre, beaucoup de grignotage… Avec le recul, je comprends que c’était une forme d’anesthésie, alors que mon corps réclamait de l’attention. Mais on essaie d’ignorer cela. »
C’est grâce à des journées de rencontre organisées à l’UZ Gent pour les parents d’enfants décédés qu’il a finalement rencontré la kinésithérapeute et thérapeute du deuil Katrien Hooghe. « Notre relation à la maison était sous pression, et le lien avec notre autre fils devenait aussi plus difficile. Nous essayions surtout de beaucoup parler et de tout comprendre, mais malgré cela, je restais bloqué quelque part. »
Lors d’une des premières séances, quelque chose s’est produit qui restera gravé dans sa mémoire : « Katrien m’a soudainement demandé non pas ce que je pensais, mais ce que je ressentais dans mon corps à cet instant. C’était confrontant. » Selon Hans, c’est une manière totalement différente d’aborder le deuil. « On vit constamment dans les pensées de ce qui a été ou de ce qui aurait encore dû arriver. Alors qu’elle m’a appris à m’arrêter sur l’ici et maintenant. Que ressens-tu ? Qu’est-ce que cela provoque dans ton corps ? »
Grâce aux massages, à la pleine conscience et aux exercices centrés sur le corps, Hans a réappris à se reconnecter à lui-même. Dans ce processus, le ressenti est devenu un élément essentiel. Les retraites pour parents d’enfants décédés auxquelles il a participé l’ont également profondément marqué : « On y est entouré de parents qui ont vécu la même chose. Il y a énormément de tristesse, mais en même temps, quelque chose se passe quand on recommence à bouger, à faire des exercices, à être dehors, à marcher pieds nus dans la chaleur. On sent que le corps recommence peu à peu à respirer. »
Il remarque aussi combien certaines générations ont aujourd’hui des difficultés avec le rapport au corps et au toucher. « Ma mère appartient à une autre génération. À l’époque, on parlait très peu du corps. Cela rend parfois difficile de comprendre pourquoi le travail corporel ou le toucher peuvent jouer un rôle si important dans le processus de deuil. »
Aujourd’hui, Hans considère l’attention portée au corps comme une composante essentielle du travail de deuil. Entre-temps, il a lui-même suivi des formations en pleine conscience et en massage. « Quand on apprend vraiment à ressentir ce qui se passe dans son corps, davantage de calme apparaît. La douleur ne disparaît pas, mais on apprend à vivre avec autrement. Pour moi, le corps est finalement devenu une porte d’entrée vers la conscience et la douceur. J’espère que notre société accordera davantage d’importance au deuil vécu à travers le corps. »
Lisa Kaspers
Lien Verfaillie